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Jean Bosc

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Jean Bosc en 1969
(photo communiquée grâcieusement
par son épouse, Suzanne Bosc)

 

Jean Bosc est né le 31 octobre 1910 à Lille.

Pasteur, théologien, enseignant et co-fondateur du journal Réforme, il a joué un rôle fondamental dans la vie et les travaux de Jacques Ellul.

D'abord parce que c'est lui qui lui a fait découvrir l'oeuvre du théologien suisse Karl Barth, qui marquera en retour sa propre réflexion théologique.

Ensuite parce qu'une indéfectible amitié a soudé les deux hommes pendant vingt-cinq ans, jusqu'à la mort de Bosc survenue en 1969. Lors de leurs séjours à Paris, c'est chez les Bosc que Jacques et Yvette Ellul étaient hébergés.

 

BIOGRAPHIE

Enfance, éducation

En 1934, Bosc se fait connaître auprès de la communauté protestante en traduisant (avec Pierre Maury et Roland de Pury) des sermons et des études de Karl Barth (publiés sous le titre Le culte raisonnable).

De 1935 à 1940, il est secrétaire général de la Fédération française des associations chrétiennes d’étudiants (communément appelée la « Fédé »).

En 1941, il enseigne à l'École Pratique de Travail Social. Son cours porte sur la relation d’aide ainsi que sur « la personne et la communauté ». En 1947, il sera administrateur de cette institution puis, en 1959, le secrétaire général.

Pasteur à Meaux de 1945 à 1959, il est vice-président du Conseil national de l’Église Réformée de France.

En 1945, il fonde avec Albert Finet (1899-1993), l’hebdomadaire Réforme. > EN DIRE PLUS SUR CETTE CRÉATION (quel est l'apport spécifique de Bosc ?) - précisions importantes pour le lecteur non averti.

L'année suivante, il fonde, cette fois avec Ellul, les Associations professionnelles protestantes, dont le but est de concilier au quotidien la pratique d’une profession et l’engagement chrétien. Cette structure reprend un  peu le mode de fonctionnement en réseau des groupes personnalistes, Bosc oeuvrant à Paris et Ellul à Bordeaux. > RENVOYER VERS LE LIEN AD HOC

A partir de 1950, il enseigne la théologie systématique (Dogmatique) à la Faculté de théologie protestante de Paris. Il est par ailleurs chargé de cours à l’Institut catholique de Paris.

Soucieux d’ouverture de l’Église aux interrogations contemporaines, il crée en 1954, avec André de Robert (1904-1987), le Centre de Villemétrie, lieu communautaire de rencontre et foyer de vie théologique et spirituelle, où la foi chrétienne est confrontée aux réalités du monde moderne.

En 1959, secrétaire général de l’École Pratique de Service Social, son obbjectif est de former des directeurs-administrateurs de collectivités locales.

Engagé par ailleurs dans les dialogues œcuméniques, il est membre du Groupe des Dombes et du Comité mixte de travail du Conseil Œcuménique des Églises et de l’Église romaine. Il enseigne enfin à l’Institut Supérieur d’Études OEcuméniques.

En 1964, il devient président des Œuvres et Institutions des Diaconesses de Reuilly et garant de la communauté devant l’Église.

Ayant dirigé la petite revue Foi et Vie depuis 1957, c’est Ellul qui lui succède à sa mort, qui survient le 17 octobre 1969 à Paris.

 

Ouvrages et articles de présentation de Jean Bosc

- « Hommage à Jean Bosc », in Réforme, n°1284, 25 octobre 1969, p. 1-7 + 16.

- « En souvenir de Jean Bosc », in Nouvelles de la Faculté de Théologie protestante de Paris, n°12, 1970.

- Parole et dogmatique : hommage à Jean Bosc. Mélanges, Paris - Genève, Le Centurion / Labor et Fides, numéro spécial de Foi et Vie, vol. 70, 70è année, n°2-3-4, avril – septembre 1971.

- Michel Bouttier, « Bosc, Jean (1910-1969) », in Pierre Gisel (dir.), Encyclopédie du protestantisme, Paris – Genève, Éditions du Cerf / Éditions Labor et Fides, 1995, p. 158.

 

Bibliographie de Jean Bosc

- « L’espérance de la gloire », in L’homme chrétien (avec Pierre Burgelin, Jean-Samuel Javet et Albert-Marie Schmidt), Paris, Éditions Je sers (coll. Vocations n°1), 1941, p. 95-111.

- L’homme et la famille, Paris, Éditions Je sers, 1942.

- Église et jeunesse (avec Jean Jousselin, Jeanne Lebrun et Pierre Lestringant), Paris, Éditions Je sers (coll. Protestantisme), 1943.

- « Conférences de Saint Agnan » (avec Jacques Ellul et Edouard Kressmann), Les deux Cités : Cahiers des Associations professionnelles protestantes, 1946.

- « La foi réformée et le problème du mal », in Le Mal est parmi nous (avec Paul Claudel, Jacques Maritain, Henri Gouhier, RP. Louis Bouyer, RP. Georges Floreovsky, Maurice de Gardillac, Jean de Fabrègues, Pierre Dournes et Gabriel Marcel), Paris, Plon (Présences), 1948, p. 229-250.

- Le protestantisme et la Vierge Marie (avec Pierre Bourguet, Pierre Maury et Hébert Roux), Paris, Éditions Je sers (coll. Protestantisme n°12), 1950.

- L’office royal du Seigneur Jésus-Christ, Genève, Labor et Fides, 1957.

- Karl Barth et la liberté de Dieu pour l’homme, Paris, Berger-Levrault, 1957.

- « L’infaillibilité de la Parole de Dieu », in La Réforme, servante de l’Unité (avec Pierre Courthial, Pierre Gagnier, Albert Greiner et Suzanne de Dietrich), Paris, Les Bergers et les Mages, 1960, p. 9-22.

- Le dialogue catholique – protestant (avec Jean Guitton et Jean Daniélou), Paris – Genève, La Palatine, 1960.

- La révélation chrétienne et le droit : Colloque de philosophie du droit, 24-25 novembre 1959 (avec Jacques Ellul et Jean Carbonnier), Paris, Dalloz (Annales de la Faculté de Droit et des Sciences politiques et économiques de Strasbourg IX, Travaux de l’Institut de Droit et d’Économie comparés), 1961.

- « Sur la doctrine du droit de Calvin », in La révélation chrétienne et le droit : Colloque de philosophie du droit, 24-25 novembre 1959 (avec Jacques Ellul, Jean Carbonnier, etc.), Paris, Dalloz (Annales de la Faculté de Droit et des Sciences politiques et économiques de Strasbourg IX, Travaux de l’Institut de Droit et d’Économie comparés), 1961, p. 87-92.

- Dialogue œcuménique (avec Yves Congar et Marie-Joseph Le Guillou), Paris, Fleurus, 1962.

- L’unité dans le Seigneur. Unité et ordre sous le règne du Christ, Paris, Éditions Universitaires (coll. Nouvelle Alliance), 1964.

- « Christianisme et humanisme de Calvin », in L’homme chrétien et l’homme marxiste (avec les RP. Cardonnel, Dubarle et Jolif, pasteur André Dumas, Jeannette Colombel, Antoine Casanova, Roger Garaudy, André Gorz, Gilbert Mury et Étienne Verley), Paris – Genève, La Palatine (coll. Semaines de la pensée marxiste – Confrontations et débats), 1964, p. 175-187.

- La foi chrétienne. Accords et divergences des Églises, Paris, PUF (coll. Mythes et religion), 1965 ; rééd. : Paris, Éditions du Cerf (coll. Foi Vivante), 1992.

- « Une étape qui pourra se révéler capitale », in Lumière et Vie, tome XIV, n°74 (« Après le Concile, I – Constitution sur l’Église »), août-octobre 1965, p. 3-7.

- « Le Saint Esprit et l’Église », in Lumière et Vie, tome XIV, n°74 (« Après le Concile, I – Constitution sur l’Église »), août-octobre 1965, p. 29-39.

- « Les théologiens protestants contemporains : Bultmann – Barth – Cullmann – Tillich – Dodd – Bonhoeffer », in Foi et Vie, mai-juin 1966.

- L’Église face au monde (avec Jean Daniélou), Paris – Genève, La Palatine, 1966.

- Le Christ, notre roi commun (avec Dom Georges Lefebvre), Paris, Desclée de Brouwer, 1966.

- Points de vue de théologiens protestants : études sur les décrets du Concile Vatican II, Paris, Éditions du Cerf (coll. Unam Sanctam n°64), 1967.

- Évangile et révolution au cœur de notre crise spirituelle (avec Marie-Joseph Le Guillou et Olivier Clément), Paris, Éditions du Centurion, 1968.

- Vivre ce qui unit (avec Dom Georges Lefebvre), Paris, Desclée de Brouwer, 1968.

- Situation de l’œcuménisme en perspective réformée, Paris, Éditions du Cerf, 1969.

- Le Peuple de Dieu (avec Bernard Dupuy et Elie Mélia), Tours, Mame (coll. Églises en dialogue n°10), 1979.

 

Les références à Jean Bosc dans l’œuvre de Jacques Ellul

- Jacques Ellul, « Liminaire », in Foi et Vie, volume 68, n°4, juillet - août 1969, p. 1.

- Jacques Ellul, « À l’écoute du monde… et de Dieu », in Réforme, n°1284, 25 octobre 1969, p. 3.

- Jacques Ellul, « Liminaire », in Foi et Vie, vol. 70, 70è année, n°2-3-4, avril – septembre 1971, p. 3-4.

- La spécificité du Christianisme, Mélanges en l’honneur de Jean Bosc, revue ?, 1971

- Jacques Ellul, « Jean Bosc dix ans après : dans la lignée des prophètes et les témoins », in Réforme, n°1799, 13 octobre 1979, p. 6-7.

- Jacques Ellul, À temps et à contretemps. Entretiens avec Madeleine Garrigou-Lagrange, Paris, Le Centurion (coll. Les interviews), 1981, p. 27.

- Jacques Ellul, Ellul par lui-même. Entretiens avec Willem H. Vanderburg, Paris, La Table Ronde (coll. La petite Vermillon), 2008, p. 38, 170.

 

Ce qu’Ellul en dit

« Jean Bosc n’est pas seulement celui qui m’a rapproché de Barth. Il a été, sur le plan de l’amitié, le témoin le plus proche et le plus véridique de Dieu. Nous n’avions rien de secret. Jean était un chrétien d’une authenticité incroyable, et il m’a donné la synthèse de ce que je pouvais connaître de plus parfait comme modèle du christianisme. Il unissait la rigueur morale à la sensibilité de la charité, de l’honnêteté et la droiture à la compréhension de toutes les faiblesses, de toutes les fautes des autres. Son humour était admirable. Dans ma vie, il a représenté une sorte de ligne droite par la force de sa théologie et, presque davantage, par la confiance presque absolue que j’avais en lui.

C’était consolant de l’avoir à mes côtés car nous représentions deux formes complètement différentes de la foi chrétienne. Pour ma part, je l’ai toujours vécue sur un mode dramatique et fluctuant, avec de très grandes montées et de très grandes descentes, et connaissant tous les doutes et toutes les critiques. Jean, lui, était toujours égal à lui-même. J’avais le sentiment que sa foi était indéfectible, toujours présente, toujours ouverte, et qu’il ne connaissait pas les drames spirituels que je connaissais. Il se tenait sur le rocher de la foi et toute sa vie rayonnait à partir de là. Je ne sais si j’ai beaucoup pesé sur sa vie, je n’avais pas l’impression de lui apporter quoi que ce soit, mais chaque fois que la porte de son appartement s’ouvrait sur son sourire, c’était, dans mes pires angoisses, comme l’ouverture d’une porte de vérité, d’une porte d’affection. Pour moi, la proximité de Jean était, oui, je peux le dire, comme la présence de l’amour de Dieu. »

(A temps et à contretemps, entretiens avec Madeleine Garrigou-Lagrange, pages 28-29)



Lire aussi :

Hommage à Jean Bosc », Foi et vie, n°70 ?, avril-septembre 1971

Jean Bosc et la création du Journal Réforme

(d’après un texte de Jean-Luc Mouton, paru dans Réforme à l’occasion des 60 ans du journal) En souvenir de Jean Bosc, 1910-1969

P., Nouvelles de la Faculté de Théologie Protestante, N°12, Avril 1970,
in 8° broché, 54 pages ; portrait ; quelques pâles rousseurs

http://www.reforme.net/archive2/article.php?num=3153&ref=1070

Le journal a été fondé en 1945, l’année de la libération des camps de la mort. Pour ses fondateurs, Jean Bosc et Albert Finney, « il s’agissait en premier lieu de reconstruire le monde sur les bases d’une théologie solide, enracinée dans le message biblique. La ligne théologique de Réforme ne fait aucun doute pour ses fondateurs, il s’agit de la théologie de Karl Barth, lui-même engagé de toute la force de sa foi chrétienne contre l’absolutisme nazi. Une théologie justement ennoblie par sa résistance au totalitarisme qui devait, selon Jean Bosc, « commander tout le reste du journal. Nous cherchions une réflexion ou un discernement sur les réalités du monde à partir de cet axe fondamental ». Une théologie qui est intelligence de la foi en Jésus-Christ, bien sûr, et qui est donc intelligence de ce que l’œil n’a point vu et ne voit point. Ainsi, pour nos fondateurs, la foi ne peut être que rupture : « Une bonne théologie est une théologie qui ne tente jamais de faire l’économie de cette rupture et qui combat toute tentative pour l’escamoter. »

C’est ici que le lien avec l’actualité du monde apparaît, ses idéologies en cours, ses options politiques, ses systèmes économiques, ses tics culturels… La foi chrétienne doit jouer le rôle de briseur de mythes. « Qu’il s’agisse de mythologie ou d’idéologie, il s’agit toujours de voiles qui couvrent la réalité humaine…. Car la théologie s’occupe essentiellement non pas des idéologies de l’homme, non même pas de ses aventures, mais d’abord et fondamentalement de Dieu et de l’homme, l’homme dans sa réalité concrète et quotidienne », disait encore Jean Bosc.

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