| Corée du Sud |
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1°) HISTORIQUE par Lee Sang-Min et Joël Decarsin ■ UN CONTEXTE FAVORABLE AU QUESTIONNEMENT ELLULIEN La Corée du Sud est le deuxième pays, après les USA, où Jacques Ellul est le plus diffusé dans le monde. Et c'est principalement par ses ouvrages de théologie qu'il s'y est fait connaître. Cela est dû essentiellement à la place singulière qu'y occupe le christianisme. Celui-ci s'y est implanté il y a environ deux siècles, suite aux missions de l'église catholique. Le protestantisme est plus récent (un siècle à peine) mais l'église réformée a désormais pris l'ascendant sur l'église romaine, compte tenu de l'influence politique exercée sur le pays par les USA au XXe siècle. Alors que 54% de la population sud-coréenne dit adhérer à une religion, la moitié de ces croyants s'affichent chrétiens (36,5% protestants et 13,5% catholiques) contre 47% bouddhistes. En dépit de l'importante oppression dont il a été victime au début, le christianisme a donc fini par faire sa place dans le pays. Il y a même atteint un statut très important. En effet, comme la plupart des chrétiens là-bas sont des pratiquants actifs, ils constituent un groupe à part entière, exerçant une influence notoire tant au plan culturel qu'au plan socio-politique. Il ne faut donc pas s'étonner de voir paraître chaque année en Corée un grand nombre d'ouvrages de théologie, phénomène assez marginal en Occident, surtout en France, pays des Lumières. Mais comme partout dans le monde, la conciliation de la parole évangélique et des "exigences" du monde moderne n'est pas sans poser en Corée d'importantes questions éthiques. Et sans doute peut-être davantage dans ce pays qu'ailleurs ! En effet, la Corée du Sud a connu ces toutes dernières années un développement technique et économique fulgurant, s'accompagnant (comme partout où les "lois du marché" imposent leur dictat) d'une augmentation du nombre de conflits sociaux. Cette irruption de "l'économisme" (donc du matérialisme) heurte de plein fouet les valeurs religieuses alors que le choc est moins violent en Occident, dans la mesure où un mouvement de déchristianisation s'y est amorcé dès la fin du XVIIIe siècle, provoquant par la suite un effet d'accoutumance sur les mentalités. Comment appliquer l'Evangile, message d'humilité, dans un monde qui invite toujours plus l'individu à vivre des sensations de puissance ? Maintes fois posée par Ellul, cette question n'est certes pas spécifique aux chrétiens coréens mais elle se pose à eux de facon plus aiguë : le rythme de vie frénétique provoqué par le développement exponentiel des grandes métropoles est vécu par eux comme une véritable provocation, une insulte à leur foi. ■ DES CHRÉTIENS PROGRESSISTES... MAIS MINORITAIRES Tous les chrétiens sud-coréens ne se sentent pas éprouvés de la même manière par ce choc des valeurs. Il faut en effet rappeler ici qu'en Corée du Sud, sous inluence des États-Unis depuis sa création en 1948, l'église réformée est en grande partie soumise à l'influence de la théologie piétiste et conservatrice américaine. Certes, depuis les années 1990 (correspondant à l'écroulement du bloc soviétique), et après avoir subi plusieurs décennies de dictature, le pays connaît la démocratie et la pensée y est moins formatée qu'auparavant. Cependant, les livres de théologie restent majoritairement l'oeuvre d'auteurs sous l'emprise de la vision du monde anglo-saxonne, axée sur l'individualisme et le volontarisme. Le "progrès technique", notamment, n'y est absolument pas remis en cause. Il est même légitimé dans la mesure où il est considéré comme correspondant aux attentes de Dieu concernant l'homme. Ce problème n'est bien sûr nullement spécifique à la Corée (il était même régulièrement critiqué par Ellul au sein du christianisme contemporain) mais il y est plus aigü compte tenu de l'extrême rapidité avec laquelle la croissance économique s'est imposée là-bas comme une véritable norme. Dans ce contexte, il existe cependant des chrétiens critiques qui se définissent comme "progressistes". Ils s'interrogent sur ce "monde moderne" qui leur impose ses "lois" et vivent le principe même de la concurrence économique comme l'antithèse de l'amour du prochain. Selon eux, le règlement des multiples formes d'aliénation causées par la modernité ne peut trouver d'issue ni dans une posture marxiste (l'exemple de la dictature en Corée du Nord les en dissuade) ni dans une spiritualité étroitement individuelle et entièrement focalisée sur la question du salut de l'âme, comme celle que préconisent les milieux conservateurs et réactionnaires anglo-américains. D'autant que ces milieux sont également ceux qui, par ailleurs, encouragent le libéralisme économique, aux effets si devastateurs sur la planète (de fait : si une critique émerge en ce moment en Corée du Sud au sein de l'église réformée, c'est aussi parce que cette dernière se montre complice du pouvoir politique en place). Dans ce contexte, la pensée de Jacques Ellul n'est reçue en Corée du Sud que par les seuls chrétiens progressistes. Elle leur apparaît comme doublement bénéfique : elle leur ouvre d'une part une perspective radicalement nouvelle sur la Parole du Christ (de laquelle Ellul retient essentiellement un message d'affranchissement du déterminisme social); elle les convie d'autre part à une critique "salutaire" du christianisme dans son ensemble (à l'égard duquel Ellul prononce un jugement des plus sévères, compte tenu de son allégeance récurrente au pouvoir temporel). Non seulement, donc, les "chrétiens progressistes" trouvent dans les études bibliques d'Ellul un véritable éloge de la liberté individuelle mais ses analyses sans concession (sur la société, la politique et l'Eglise elle-même) les invitent à fonder leur pratique de l'Écriture non pas sur un spiritualisme éthéré (indifférent à l'évolution du monde) mais au contraire sur une réflexion fondamentalement critique de la société. ■ DES DÉBUTS TÂTONNANTS Le premier livre d'Ellul traduit en Corée, "Fondement théologique de la Loi", l'a été en 1985. Non pas d'après l'édition originale mais d'après sa traduction en anglais ! Comme du reste plusieurs autres ouvrages dans les années 1990. Les protagonistes se sont expliqués par la suite sur ce manque de professionnalisme. Ils reconnaissent qu'en "traduisant des traductions", et en dépit de leurs meilleures intentions, ils ont contribué à repandre un certain nombre de contresens et de malentendus sur Ellul. Pour bien comprendre ce qui s'est passé, rappelons-nous le contexte de l'époque. La pensée d'Ellul est arrivée en Corée par l'intermédiaire de ses traductions américaines, alors que l'église réformée vivait (encore plus qu'aujourd'hui) sous l'emprise conservatrice anglo-saxonne. Le climat était si peu propice à la diffusion de la pensée ellulienne qu'en 1990, un traducteur n'a pas osé révéler son nom quand a été éditée sa version de "La subversion du christianisme": il a préféré utiliser un pseudonyme ("collectif de traduction Jacques Ellul") de crainte que la seule citation de son nom n'entraîne son éviction de son poste d'enseignant ! Un débat scientifique sur Ellul était donc rigoureusement impossible il y a vingt ans. Raison pour laquelle la plupart des ouvrages d'Ellul ont été traduits alors de facon approximative. Ce n'est que depuis peu, alors que la pression des milieux conservateurs est devenue moins prégnante, que la traduction d'Ellul peut s'opérer dans des conditions sereines. En 2008, les éditions Daejanggan ont entrepris un programme portant sur une dizaine d'ouvrages. Des livres qui avaient été traduits de l'anglais sont repris cette fois depuis le français par des enseignants ayant tous étudié en France et étant sensibilisés à l'oeuvre ellulienne. Si ce programme est encore essentiellement axé sur les livres de théologie, c’est que - nous venons de le souligner - ce sont avant tout des chrétiens qui ont découvert Ellul. Mais ceux-ci sont parfaitement conscients du fait que l'articulation aux ouvrages sociologiques est à présent indispensable. Le projet de traduire ces derniers est donc en marche: "La technique ou l'enjeu du siècle" sera prochainement édité, "Le système technicien" devrait suivre assez rapidement. ■ PERSPECTIVES Même si l'immense mérite de Jacques Ellul en tant qu'homme est reconnu pour la perspicacité de ses analyses, il n'est pas question d'en faire un "maître à penser" en Corée. Le premier objectif du programme de traduction est de faire connaitre et apprécier la parole évangélique, indépendamment de l'appareil de l'église. Un second objectif, directement lié au premier, est de contribuer à développer les bases d'une éthique chrétienne qui contrebalance les effets mortifères de la doctrine matérialiste marchande distillée dans le monde entier par le capitalisme, et, au delà de cette idéologie, par le système technicien dans son ensemble. Il sera donc sans doute nécessaire - troisième objectif - de s'engager dans une critique frontale de celui-ci. Le projet de traduction des ouvrages d'Ellul est conduit essentiellement par trois personnes : - Park Geon Taek, professeur de théologie à l'Université Chongshin, principal traducteur d'Ellul (six livres); le premier à avoir essayé de diffuser et présenter sa pensée en Corée. - Bae Yong Ha, directeur des éditions Daejanggan, qui est en contact avec les éditeurs francais pour obtenir les droits de traduction. - Park Dong Yeol, professeur à l'Université Nationale de Séoul, qui coordonne l'équipe des traducteurs aux éditions Daejanggan (et qui traduit lui-même deux ouvrages, les nouvelles versions de Présence au monde moderne et La Subversion du Christianisme). Parallèlement à ce travail de traduction est projeté un ensemble de colloques et de production de textes en ligne. A cette fin vient d'être créée la KJES (Korean Jacques Ellul Society), association comparable à l'AIJE, en France, et à l'IJES, aux États-Unis, et oeuvrant en concertation étroite avec elles. L. S.-M. et J.D. Une réunion de la KJES
2°) LES LIVRES TRADUITS Vingt et un ouvrages de Jacques Ellul (자끄 엘륄) ont été traduits en coréen en 1974 puis de 1985 à 2008. Six autres doivent paraître dans les prochains mois, ceci à l'initiative des éditions Daejanggan et en concertation avec un groupe d'enseignants universitaires.
■ LA TECHNIQUE OU L'ENJEU DU SIECLE (1954) 기술의 역사 (Kisului yeoksa) ■ LA TRAHISON DE L’OCCIDENT (1975)
THÉOLOGIE
2ème édition (simple réimpression de la 1ère édition, couverture modifiée),
3ème édition à paraîre prochainement (cette fois à partir du texte français) ■ LE VOULOIR ET LE FAIRE (1964) ■ POLITIQUE DE DIEU, POLITIQUES DE L’HOMME (1966)
■ L'ESPÉRANCE OUBLIÉE (1972)
■ CONTRE LES VIOLENTS (1972)
■ L’APOCALYPSE, UNE ARCHITECTURE EN MOUVEMENT (1975)
■ LA RAISON D’ETRE (1987)
■ SI TU ES LE FILS DE DIEU (1991)
Deuxième édition : 2009 COUVERTURE INDISPONIBLE ■ ISLAM ET JUDÉO-CHRISTIANISME (2004)
A PARAÎTRE :
3°) SUR JACQUES ELLUL ■ 자끄 엘륄 사상 입문 (Jacques Ellul Sasang Ibmun)
Il s'agit du premier (et jusqu'a maintenant le seul) ouvrage présentant la pensée d'Ellul en Corée.
Publié à l'initiative de Park Geon Taek (le principal traducteur d'Ellul en Corée), ce livre est constitué de dix articles, rédigés par lui même et trois autres professeurs de théologie, ayant tous étudié en France. A l'occasion de sa parution, Park Geon Taek avait l'intention de créer une association ayant pour objectif de faire mieux connaître l'oeuvre d'Ellul en Corée. Ce projet n'a pas abouti à l'époque mais en 2008, les éditions Daejanggan ont établi une véritable politique éditoriale, ce a conduit, l'année suivante, à la création de la KJES (Korea Jacques Ellul Society) une association comparable à l'AIJE et à l'IJES et en contact régulier avec elles.
Site internet : http://www. ...
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| Mise à jour le Vendredi, 30 Octobre 2009 08:04 |






















